Île d’Anticosti

Île d’Anticosti

L’Île d’Anticosti est située dans le golfe du Saint-Laurent et est accessible uniquement par avion ou par bateau. Avec une superficie de 7943 km², elle est la plus grande île au Québec. D’une longueur de 222 km et d’une largeur maximale de 56 km, elle fait 17 fois la superficie de l’île de Montréal.
Un peu d’histoire… Fréquentée jadis par les autochtones, Louis Jolliet (1645-1700) la reçoit en guise de récompense par Louis XIV en 1680 et devient le premier seigneur de l’île. Cependant, ce n’est qu’à partir du 16 décembre 1895 que l’île connaîtra son véritable essor, date à laquelle le riche chocolatier français Henri Menier en fit l’acquisition pour la somme de 125 000 $. À son arrivée sur l’île, Menier développa d’abord le village de Baie Sainte-Claire et s’installa définitivement à Baie Ellis, qui deviendra par la suite Port-Menier. Il amena une ère de prospérité à l’île en y développant la coupe de bois, la pêche et la mise en boîte du crabe et de l’homard. Amateur de chasse et de pêche, il introduisit diverses espèces de mammifères et d’oiseaux dont 220 cerfs de Virginie en provenance de L’Islet et de Cap Chat. Aujourd’hui, malgré la chasse, la population de cerfs atteint entre 100 et 150 000 individus soit 500 fois plus. À sa mort en 1913, son frère Gaston hérita de l’île et la vendit en 1926 à la Wayagamak Pulp and Paper. Depuis cette date, l’île connu une succession de propriétaires, le dernier étant la Consolidated Bathurst de qui le gouvernement du Québec l’achèta pour 23 780 000 $ en 1974 et en fit aussitôt une réserve faunique. À partir de 1982, le gouvernement procéda à un découpage de l’île et remit aux habitants un territoire de 721 km² qui deviendra la Pourvoirie Lac Geneviève. En 1983, il vendit aux citoyens du village des terrains et les résidences qui s’y trouvèrent et ce n’est qu’au début de 1984 que le premier conseil municipal fut formé et assermenté, créant ainsi le nom officiel de Municipalité de l’Île-d’Anticosti. Le village situé à l’ouest de l’île conserva le nom de Port-Menier et constitua sa seule agglomération.

Une abondance de cerfs de Virginie se retrouvent sur l’île d’Anticosti

Après cette histoire fascinante sur Anticosti, nous n’avions qu’une seule envie, celle de visiter cette île paradisiaque. Par contre, le coût élevé du séjour proposé par Sépaq Anticosti peut faire mal au portefeuille. Nous optons alors pour le transport par bateau avec le navire N/M Bella Desgagnés et un forfait d’hébergement en chalet incluant un véhicule au kilométrage illimité offert par la Pourvoirie Lac Geneviève d’Anticosti.
D’ailleurs, je vous invite à lire un article que j’ai publié sur le blogue de Rando Québec intitulé « Découvrir Anticosti, mais à quel prix ? », proposant quelques alternatives pour se rendre et séjourner à l’île d’Anticosti à moindre coût.
Notre port d’embarquement est situé à Havre Saint-Pierre et le départ est prévu pour 8h45 mais le bateau accuse un certain retard… Le Bella Desgagnés n’est pas un bateau de croisière ordinaire, c’est un cargo mixte spécialement conçu et aménagé pour la desserte maritime de l’Île d’Anticosti et de la Basse-Côte-Nord du Québec. Sa mission première est de transporter des vivres et des marchandises, d’avril à janvier, afin de desservir les communautés éloignées allant de Rimouski à Blanc-Sablon. Il accueille toutefois des passagers, résidents ou visiteurs, désirant se rendre dans les villages les plus pittoresques au Québec. Après une attente de quatre heures, le bateau prend finalement la mer. Ce retard fut causé par un bris survenu sur le câble de la grue. Plutôt fébriles à l’idée de découvrir Anticosti – l’île aux chevreuils, nous demeurons tout de même enthousiasmes malgré le désagrément. Ce sont ces petits imprévus qui apportent du piquant à l’aventure ! Durant la traversée d’une durée d’environ 6 heures 30, nous surveillons du haut du pont 8, les baleines et autres mammifères marins surgissant hors de l’eau. Quel spectacle fabuleux ! En plus d’une salle à manger, le bateau est doté d’une cafétéria au niveau 4. Nous allons y casser la croûte avant d’aller s’installer confortablement au salon intérieur du pont 7. Chaque siège dispose d’un système de divertissement intégré permettant la diffusion de films, d’émissions télévisées et radiophonique, idéal pour se reposer avant la grande aventure !

Le navire N/M Bella Desgagnés

À notre arrivée à Port-Menier, une représentante de la Pourvoirie Lac Geneviève d’Anticosti nous attend au débarcadère et nous réserve un accueil courtois et chaleureux. Nous prenons possession de notre camionnette munie d’un pare-chevreuils ?!? directement au quai et la suivons jusqu’au bureau d’accueil de la pourvoirie situé au village de Port-Menier. Après avoir reçu plusieurs informations utiles et rempli quelques paperasses, nous voilà en route pour notre chalet situé à une trentaine de kilomètres. Nul besoin de GPS à Anticosti, la Transanticostienne est la seule route principale de l’île et des repères kilométriques permettent de se situer facilement, Port-Menier étant au km 0. Sur cette route de gravier cahoteuse, la limite de vitesse est fixée à 70 km/h et pour cause, le risque de crevaison est plutôt élevé. Ce n’est pas pour rien que l’on retrouve à l’arrière de la camionnette deux pneus de rechange déjà montés sur les jantes… Le chalet 5 est tout équipé et offre tout le confort nécessaire. Construit en pleine nature et situé en bordure du lac Geneviève, c’est un véritable havre de paix et de tranquillité. Au matin, avant de prendre la route, trois cerfs viennent quémander des pommes sur le balcon du chalet. Quel réveil des plus agréable !
Nous roulons désormais en direction du Parc national d’Anticosti créé par le gouvernement du Québec en avril 2001. D’une superficie de 572 km², le parc est situé presque au cœur de l’île et renferme plusieurs attraits spectaculaires, en voici quelques-uns…


Le Brulé-de-1955

Chute de l’Observation Est

Le sentier Le Brûlé-de-1955 est situé dans le secteur Observation au km 132. Nous stationnons la camionnette dans le parking ouest en bordure du chemin et débutons la randonnée de l’autre côté de la route. Le sentier naturel longe la rivière Observation sur un peu plus d’un kilomètre avant d’atteindre la petite chute de l’Observation, haute d’une dizaine de mètres. Graduellement, la rivière s’enfonce au fond du canyon jusqu’à une profondeur de plus de 70 mètres. Cela donne lieu à des points de vue des plus saisissants sur de hautes falaises de calcaire, c’est magnifique ! Nous continuons la randonnée, toujours éblouis par la splendeur des paysages, quand soudainement nous croisons une biche allongée au beau milieu du sentier. Peu craintive, elle se lève doucement et poursuit son chemin à travers les bois. Sur cette île peuplée de cerfs, il n’est sûrement pas rare d’en croiser au hasard d’un sentier…

Après plus de trois kilomètres de points de vue magnifiques, nous continuons sur le sentier Les Falaises plutôt que de couper court au travers le sentier du Brûlé. Cette courte boucle se poursuit dans le canyon de la rivière Observation et nous conduit à une magnifique chute haute d’une vingtaine de mètres. Nous retournons sur le sentier Le Brûlé-de-1955 et passons désormais par un chemin forestier. Ce nouveau décor nous permet de découvrir une forêt en régénération suite au pire feu de forêt d’Anticosti survenu en juin 1955, d’où le nom du sentier. Le feu brûla durant cinq mois et a couvert une superficie de 777 km². Il était si intense que l’on pouvait en apercevoir les lueurs depuis la Gaspésie et la Côte-Nord. Étant en période de sécheresse, les conditions naturelles n’ont pas réussi à éteindre le feu. C’est finalement les pluies d’automne qui ont eu raison de l’incendie.

 

Région :  Côte-Nord-Duplessis
Dénivelé :  Négligeable
Longueur :  8,0 km  (boucle)
Durée : 3 heures 15 min incluant le sentier Les Falaises
Difficulté : Intermédiaire
Appréciation : 9/10

L’épave du Wilcox

Épave du Wilcox

Situé au km 118, on peut apercevoir au bord de la mer, les restes de l’épave du Wilcox, cet ancien balayeur de mines. Il était utilisé pour ramasser des mines aimantées que plaçaient les Allemands afin de détruire des navires dont les coques étaient en métal. Le Wilcox s’échoua le 27 juin 1954 lors d’une violente tempête. Il fut considéré comme irrécupérable en raison de la quille qui s’était cassée, cette partie la plus basse du bateau. Au sommet de la butte qui domine le vestige, un camping rustique de 20 emplacements y est aménagé.
Il est cependant offert uniquement en forfait avec Sépaq Anticosti.


Chute et Canyon de la Vauréal

La chute Vauréal vue depuis le canyon

D’une hauteur de 76 mètres, la Chute Vauréal est sans contredit l’un des joyaux du parc national d’Anticosti. Située au km 152, dans le secteur Chute Vauréal, elle est sûrement l’attrait le plus photographié de l’île. À seulement 150 mètres du stationnement, nous contemplons la chute et le canyon du haut des deux belvédères construits en 1988. Un point de vue sublime ! Un sentier permet de marcher directement au fond du canyon et l’accès est situé au km 149. Nous stationnons le véhicule et débutons en toute hâte la plus fabuleuse des randonnées d’Anticosti et l’une des plus sensationnelles du Québec, le Canyon de la Vauréal. Le chemin rocailleux descend jusqu’au lit du cours d’eau et une fois rendus en bas, nous prenons par la droite afin de remonter la rivière Vauréal. Nous marchons maladroitement sur des roches de calcaire, le sol en est recouvert. Étonnamment, plusieurs renferment des fossiles vieux de 415 à 500 millions d’années, c’est hallucinant ! Honnêtement, je ne savais pas que l’île d’Anticosti était reconnue comme un important site fossilifère et qu’elle possédait un environnement géologique unique au monde…

Nous dépassons un premier tournant et pour éviter de se mouiller les pieds, nous devons longer les immenses falaises coiffées de conifères. La traversée de la rivière à gué semble inévitable… L’eau de la rivière Vauréal est tellement limpide, pas étonnant qu’elle soit potable. Sincèrement, se balader dans le canyon tout en admirant ces parois de calcaire hautes de près de 90 mètres est vraiment une expérience unique ! Au dernier tournant, nous entendons gronder la chute du haut de la falaise et l’apercevons au loin dans toute sa splendeur… Nous traversons à nouveau la rivière à gué et nous voilà enfin debout, au pied de la Chute Vauréal. Nous sommes littéralement subjugués par la beauté du spectacle, seul un léger filet d’eau coule le long de la falaise, c’est magnifique ! Nous effectuons le retour par le même chemin et découvrons toute la beauté de la vallée sous un nouvel angle…

 

Région :  Côte-Nord-Duplessis
Dénivelé :  Négligeable
Longueur :  3,5 km  (linéaire)
Durée : 2 heures 40 min aller-retour
Difficulté : Intermédiaire
Appréciation : 10/10

Grotte à la Patate

L’entrée de la Grotte à la Patate

La Grotte à la Patate est située dans le secteur Grotte-à-la-Patate, évidemment ! Tout près du km 128, un écriteau nous indique le chemin à prendre. Nous roulons sur une route secondaire pour deux kilomètres jusqu’au stationnement. Le sentier caillouteux descend jusqu’au niveau de la rivière à la Patate. Après avoir traversé la rivière à gué, nous poursuivons sur le sentier balisé pourvu de quelques montées abruptes mais de courtes durées. La randonnée en soi n’est pas très longue mais à la vue de cet immense trou dans la falaise, c’est sûrement la plus inusitée. L’entrée de la Grotte à la Patate est la plus grande au Québec. L’impressionnante ouverture fait 10 mètres de hauteur par 7 mètres de largeur. Ce fut une surprise de taille pour le guide de chasse Denis Pednault qui en fit la découverte à l’automne 1980. La grotte fut par la suite explorée et cartographiée par des géographes de l’Université de Sherbrooke en 1982. Elle fait 625 mètres de passage divisé en quatre parties dont 580 mètres ont pu être explorés, ce qui en fait la troisième plus longue grotte au Québec.

Pour les plus intrépides qui désirent explorer la grotte, la location de casques de protection et de lampes frontales est disponible au Centre de services McDonald situé au km 105.

 

Région :  Côte-Nord-Duplessis
Dénivelé :  Négligeable
Longueur :  3,0 km  (linéaire)
Durée : 1 heures 15 min aller-retour
Difficulté : Intermédiaire
Appréciation : 9/10

Nous avons croisé bon nombre de renards roux sur la Transanticostienne. Bien qu’on le nomme ainsi, il n’est pas toujours de cette couleur. Nous en avons vu des noirs, des roux et même certains aux couleurs étonnantes… Beaucoup plus farouche que le cerf de Virginie, celui-ci a toutefois pris la pause à mon plus grand plaisir.

Renard roux

Lors d’une randonnée sur le sentier de la chute Baie de la Tour, nous avons également eu l’occasion de rencontrer le seul batracien de l’île d’Anticosti, une superbe grenouille léopard. Elle fut introduite par Henri Menier pour réduire les populations d’insectes piqueurs.

Grenouille léopard

Notre séjour tire désormais à sa fin. Nous n’allons certainement pas quitter l’île sans avoir visité Port-Menier et les environs… Nous roulons en direction de la Pointe Ouest de l’île quand soudainement, nous entrons dans un épais nuage de poussière. Nous suivons sans aucun doute, un camion semi-remorque se dirigeant également à Port-Menier pour y décharger sa cargaison de bois. Depuis la reprise de la coupe forestière afin de régénérer la forêt d’Anticosti, c’est chose courante que d’en croiser plusieurs à tous les jours. Arrivés à Baie Sainte-Claire, quelques fondations nous indiquent l’emplacement des maisons à l’époque du premier village construit par Henri Menier en 1895. Nous empruntons la route qui longe le rivage et croisons la chute à Boulay, une très belle cascade de huit mètres de haut qui dévale une falaise en forme d’escalier.
Un autre vestige se retrouve sur la plage, c’est l’Épave du Calou. D’une longueur de 87 pieds, ce chalutier en bois s’échoua en novembre 1982. Il était la propriété de Guy Gagnon de Matane.

Épave du Calou

À quelques mètres de l’épave, on retrouve les anciennes maisons du gardien de phare et de son assistant. Aujourd’hui, c’est l’Auberge de Jeunesse d’Anticosti qui occupent les lieux. La journée décline rapidement, nous devons vite retourner à Port-Menier avant la brunante. En chemin, un petit arrêt sur le site du château Menier s’impose. La construction de cette gigantesque résidence, qui débuta en 1899, dura cinq ans. Ce fut le plus remarquable joyau architectural construit sur l’île. Malheureusement, la compagnie Consolidated Pulp & Paper, nouveau propriétaire de l’île, mis le feu au bâtiment abandonné le 3 octobre 1953. Les ruines du château, qui ont été dégagées en 1991, démontrent toute l’ampleur de ce bâtiment. Le crépuscule tombe tout doucement sur Port-Menier. Nous devons quitter ce soir, sans avoir eu le temps de visiter le petit village portuaire. Sur cette île exceptionnelle, il y a tant de choses à voir et à découvrir… Anticosti, je te fais la promesse, nous y retournerons un jour…

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